Prévenir les risques psychosociaux : quand le management devient un levier de santé, de sens et de performance

Le 17 juin 2026, à La Réunion, l’Aract Réunion et les partenaires de la prévention ont proposé une conférence consacrée au management, à la santé au travail et à la prévention des risques psychosociaux. À partir du témoignage de ProxiComposte, la rencontre a montré comment le partage de la valeur, des décisions et des apprentissages peut soutenir la qualité du travail, la santé des équipes et la performance collective.

Le 17 juin 2026, à La Réunion, l’Aract Réunion et les partenaires de la prévention à La Réunion ont proposé une conférence consacrée au management, à la santé au travail et à la qualité de vie et des conditions de travail #SQVCT2026. #SemaineQVCT

Intitulée « Manager sans s’épuiser : performance, santé et QVCT… Et si la clé c’était la prévention ? », cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la Semaine pour la qualité de vie et des conditions de travail 2026, organisée autour d’un thème fort : « Manager, c’est tout un travail ! »

Cette conférence a permis de rappeler une idée essentielle : la prévention des risques psychosociaux ne peut pas être réduite à une question individuelle. Elle concerne directement l’organisation du travail, les marges de manœuvre, le soutien, la reconnaissance, la qualité des coopérations et la possibilité de parler du travail réel.

Trois idées fortes ont guidé les échanges. Les RPS ne relèvent pas seulement de fragilités individuelles. Le manager agit, mais il ne peut pas porter seul la prévention. Prévenir les RPS, c’est aussi améliorer la qualité du travail et la performance collective, en recherchant un équilibre entre santé, productivité et travail bien fait.

Les données présentées pendant la conférence ont également rappelé le lien entre prévention et performance. Le stress au travail représente un coût social important. Les risques psychosociaux pèsent sur l’absentéisme, l’engagement, la santé mentale et le fonctionnement des entreprises. À l’inverse, une politique de prévention attentive au travail réel peut soutenir durablement la qualité du travail, la santé des personnes et la performance collective.

Pour comprendre ces enjeux, plusieurs cadres d’analyse ont été mobilisés. Les travaux de Karasek mettent en évidence le rôle de la charge, de l’autonomie et du soutien. Ceux de Siegrist soulignent l’importance de l’équilibre entre les efforts fournis, les récompenses et la reconnaissance. Les travaux de Gollac permettent d’identifier plusieurs dimensions des risques psychosociaux, notamment l’intensité du travail, les rapports sociaux, les conflits de valeurs et les enjeux de qualité du travail.

Ces repères convergent vers une même conclusion : les leviers de prévention se jouent dans l’organisation du travail.

Dans ce contexte, la place du manager est particulière. Il occupe une position à la fois d’action et de vulnérabilité. Il est en prise directe avec les priorités fixées par la direction, les moyens disponibles, les contraintes du terrain et les réalités vécues par les équipes. Lorsqu’il est soutenu, il peut devenir un levier de prévention. Lorsqu’il est isolé, il risque au contraire de porter seul des tensions qui relèvent de l’organisation.

La conférence a ainsi mis en avant quatre leviers concrets que le management peut rendre possibles. Le premier concerne le management du travail : clarifier les priorités, réguler la charge, organiser les arbitrages. Le deuxième porte sur la reconnaissance : voir le travail réel et l’effort fourni. Le troisième concerne le sens : relier les tâches à leur utilité. Le quatrième repose sur les espaces de régulation : permettre aux équipes de parler du travail avant que les tensions ne s’installent.


Sens et satisfaction au travail à La Réunion

Questionnaire : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfgV8gvwRi1F0TV0ZRoWR34DwCDuJRA5Jwv0-vomp9aV1BRew/viewform


Le témoignage de ProxiComposte a donné une traduction concrète à ces principes. Dès les débuts de l’entreprise, l’idée était de créer une organisation dans laquelle on ait envie de s’investir, de se motiver, de travailler autrement et de construire un projet qui donne du sens. Il ne s’agissait pas seulement de développer une activité économique, mais de bâtir une entreprise où le projet, les responsabilités, les apprentissages et la valeur créée puissent être partagés.

Le collectif de travail occupe une place importante dans ce fonctionnement. Certaines décisions sont prises collectivement, notamment les recrutements et les sorties. Cette organisation donne une place réelle à la coresponsabilité avec les équipes et à l’implication des salariés dans les décisions importantes. Le pouvoir n’est pas concentré uniquement au sommet. Il se partage avec les équipes dans des choix qui touchent directement au fonctionnement quotidien de l’entreprise.

La question de la santé est également abordée de manière large. Elle concerne le territoire, les entreprises clientes, les fournisseurs, les agriculteurs locaux, les salariés et le dirigeant. Le modèle économique de ProxiComposte a évolué d’une activité de collecte des déchets vers une logique de valorisation auprès d’agriculteurs locaux. Cette évolution montre que la santé peut être pensée comme un bien commun, reliant l’entreprise, le territoire et ses partenaires.

Dans l’entreprise, cette attention à la santé passe aussi par les équipements de protection, la prévention, le document unique d’évaluation des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail. Elle concerne autant la santé des salariés que celle du dirigeant, dans une approche collective de la prévention.

ProxiComposte s’appuie également sur des temps réguliers de retour d’expérience et de régulation du travail. Le mercredi est consacré aux retours d’expérience organisationnels et à la planification. Le jeudi et le vendredi permettent des débriefings davantage centrés sur le terrain. Ces temps favorisent la confiance, la progression, l’évolution professionnelle et l’ajustement du travail au plus près des réalités vécues.

La réactivité de l’encadrement, notamment à travers les échanges du quotidien, contribue aussi à soutenir le travail. La régulation du temps de travail, la sécurisation de l’utilisation du temps, la gestion des heures supplémentaires, le système de primes et la reconnaissance de l’engagement participent à la prévention des tensions.

À travers cet exemple, ProxiComposte illustre un management fondé sur le partage de l’avoir, du pouvoir et du savoir.

Le partage de l’avoir renvoie à la valeur créée, à la reconnaissance du travail, aux primes, aux heures supplémentaires et à la sécurisation du temps de travail. Il permet de reconnaître concrètement l’engagement des salariés.

Le partage du pouvoir renvoie à la place donnée au collectif dans les décisions, l’organisation et la régulation du travail. Il permet aux salariés d’être associés aux choix qui les concernent et de renforcer leur pouvoir d’agir.

Le partage du savoir renvoie aux retours d’expérience, aux débriefings terrain, à l’apprentissage collectif, à la prévention et aux perspectives de progression. Il permet de faire du travail réel un support d’apprentissage et d’amélioration continue.

Cette expérience montre que la prévention des risques psychosociaux ne repose pas uniquement sur des outils ou des procédures. Elle se construit dans la manière de décider, d’organiser le travail, de reconnaître les contributions et de créer des espaces où les difficultés peuvent être discutées.

Prévenir les RPS, ce n’est donc pas ajouter un projet supplémentaire. C’est une manière de manager et d’organiser le travail. Cela commence par une conversation sur le travail réel, puis cela se prolonge par des décisions concrètes sur la charge, les priorités, les moyens, la reconnaissance et les coopérations.

À La Réunion, cette conférence portée par l’Aract Réunion et les partenaires de la prévention rappelle que la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) se construit au plus près des situations concrètes. En soutenant les managers, en donnant une place au collectif et en partageant davantage l’avoir, le pouvoir et le savoir, les entreprises peuvent faire de la prévention des risques psychosociaux un levier de santé, de sens et de performance durable.


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