Risque UV au travail à La Réunion : un enjeu de prévention encore sous-estimé
Soley i Pouak !
Dans le cadre de la Semaine de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail 2024, un atelier intitulé « Soley I Pouak ! Un sujet brûlant » s’est tenu à La Réunion. Il a réuni des professionnels de santé, des acteurs de la prévention et des représentants d’entreprises autour des risques liés à l’exposition solaire et à la chaleur en milieu professionnel.
Les échanges ont permis de dresser un état des lieux des effets sanitaires observés, des obligations réglementaires existantes et des pratiques de prévention mises en œuvre sur le territoire.
Exposition solaire et effets sur la santé des travailleurs
La Réunion se caractérise par des niveaux d’irradiation solaire élevés, avec des indices UV pouvant atteindre 14 à 16, nettement supérieurs à ceux observés en métropole. Cette intensité expose les travailleurs à des risques sanitaires spécifiques.
Les dermatologues indiquent qu’une part significative des cancers cutanés observés sur le territoire serait liée à une exposition professionnelle. Les pathologies les plus fréquemment évoquées sont les carcinomes et les mélanomes. Ces affections peuvent apparaître après des expositions répétées, parfois anciennes, et concernent notamment les métiers exercés en extérieur.
Les effets oculaires des UV sont également documentés. L’exposition prolongée favorise l’apparition de cataractes précoces et de ptérygions. Les conducteurs professionnels sont particulièrement concernés, les vitres latérales des véhicules ne filtrant pas efficacement les rayonnements UV.
L’exposition conjointe au soleil et à la chaleur constitue par ailleurs un facteur de risque important de déshydratation et de coup de chaleur. À La Réunion, l’humidité élevée limite l’efficacité de la transpiration comme mécanisme de régulation thermique, augmentant le risque de malaise thermique aigu.
Prise en compte du risque UV dans l’évaluation des risques professionnels
Le risque lié aux rayonnements UV et à la chaleur doit être intégré au Document unique d’évaluation des risques.
Les intervenants ont souligné que cette obligation réglementaire reste insuffisamment appliquée, en particulier dans les secteurs concernés par le travail en extérieur.
La prévention repose sur une combinaison de mesures relevant de l’organisation du travail, des protections collectives et des équipements de protection individuelle.
Les mesures organisationnelles incluent notamment l’adaptation des horaires de travail, avec un démarrage plus précoce des activités, ainsi que la mise en place de pauses régulières à l’ombre.
Les protections collectives visent à limiter l’exposition directe au rayonnement solaire, par exemple par l’installation de zones ombragées ou de tonnelles, et par la mise à disposition d’eau fraîche en quantité suffisante.
Lorsque ces mesures ne suffisent pas, le recours aux équipements de protection individuelle est nécessaire. Il s’agit en particulier de vêtements couvrants certifiés anti-UV, de lunettes de protection conformes aux normes en vigueur et de dispositifs de protection de la nuque.
Retours d’expérience et dispositifs de prévention
Plusieurs entreprises implantées à La Réunion ont présenté des dispositifs visant à réduire l’exposition des salariés. Parmi les solutions évoquées figurent l’utilisation de vêtements techniques favorisant l’évacuation de la transpiration tout en assurant une protection contre les UV, ainsi que des accessoires de refroidissement portés sous les casques de sécurité.
Des outils de suivi individuel ont également été présentés, notamment des dispositifs connectés permettant d’alerter le salarié en cas d’élévation excessive de la température corporelle.
Les actions de sensibilisation constituent un levier complémentaire. Les temps courts d’échange en situation de travail sont utilisés pour informer les salariés et questionner certaines représentations, notamment l’idée selon laquelle l’habituation au soleil réduirait les risques pour la santé.
Évolutions en matière de reconnaissance des pathologies professionnelles
Les échanges ont également porté sur les travaux en cours visant à faire reconnaître certains cancers de la peau comme maladies professionnelles. Une telle reconnaissance existe déjà dans d’autres pays européens et pourrait, à terme, contribuer à une meilleure prise en compte des expositions professionnelles aux UV.
En conclusion
- Les éléments présentés lors de cet atelier soulignent que l’exposition aux rayonnements UV constitue un risque professionnel à part entière à La Réunion.
- Sa prise en compte dans les démarches d’évaluation et de prévention apparaît comme un enjeu de santé au travail, nécessitant une mobilisation conjointe des employeurs, des salariés et des acteurs de la prévention.
Vidéo de l’atelier, également disponible ici :
https://youtu.be/ioOif4BH5Cg